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Bali mars

Nyepi

  

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                                                                    Alitée

Le docteur avait dit il lui faut des nourritures saines, des fruits, de l’eau, beaucoup d’eau, et de l’air pur et puis il s’était enfui sans attendre son dû. Les enfants avaient regardé leur mère, allongée sur son matelas de paille dans leur chambrée sous les toits, avec ses yeux enfiévrés, sa peau lunaire luisante de sueur, ses cheveux collés, la couverture tremblante remontée au menton. C’était il y a cinq jours. La femme avait regardé sa fille, haute comme trois pommes, et puis ses deux fils et avait murmuré mes chéris en tentant de sourire. Son homme était mort à la guerre et ils n’avaient plus qu’elle pour veiller sur eux. Comme beaucoup dans le quartier elle avait dû arrêter son travail, cette grippe lui enlevant toute force. Cela faisait trois mois qu’on entendait chaque jour la cloche de Notre-Dame du Bon Secours sonner le glas. Pierre, le plus grand, prit la main de Jean, le cadet, en disant on y va, toi Marie tu restes avec maman, et ils dévalèrent l’escalier. Marie ferma la fenêtre en se haussant sur la pointe des pieds pour atteindre la poignée. Tu as moins froid maman ? demanda-t-elle et sa mère répondit oui merci ma chérie. Puis elle retomba dans le sommeil, un sommeil sifflant et douloureux. La petite prit la main de sa mère et la garda en la caressant doucement, prenant soin de ne pas faire de geste brusque qui put la réveiller. Du repos, il fallait du repos et maman pourrait se lever et reprendre son travail de couturière, ce n’était pas les commandes qui manqueraient. En attendant, l’ouvrage lui avait été retiré quand on avait su qu’elle avait été touchée à son tour. Heureusement il y avait Pierre. Il se démenait comme un vrai petit diable pour ramener un peu d’argent pendant que Jean et Marie veillaient. Mais les ressources étaient maigres, il ne fallait dépenser que lorsqu’on ne pouvait faire autrement. La priorité c’était les fruits. Tout le peu d’argent que la mère avait pu mettre de côté pour les coups durs y était maintenant passé. Les fruits et les soupes. Marie se demanda comment Pierre et Jean allaient faire aujourd’hui pour rapporter des fruits pour maman. Elle entendit une cavalcade dans le couloir et la porte s’ouvrit sur ses frères à bout de souffle. Ils tenaient des poires à la main, une dans chacune de leurs quatre mains. Ils les posèrent par terre, le temps de préparer la petite table comme pour un festin. Cela se résumait à une petite nappe blanche, une assiette et le couteau, celui que leur mère utilisait pour éplucher les pommes, les carottes et les patates. Ils ramassèrent les poires qu’ils déposèrent dans l’assiette et Jean courut remplir la cafetière de zinc au robinet du palier. C’était plus facile ainsi de faire boire leur mère alitée en lui présentant le bec plutôt qu’un verre, rien ne tombait à côté. Pierre et Jean approchèrent la table du lit en la portant avec les épaules remontées pendant que Marie les aidait en s’accrochant à la table du bout des doigts. Comment vous avez fait ? chuchota-t-elle. Pierre regarda Jean en coin et répondit on s’est débrouillés. Marie n’insista pas. Ils se tournèrent vers le lit et Pierre caressa les cheveux de leur mère. Maman, maman, Jean et Marie reprirent maman, maman tout bas mais de manière insistante pour la réveiller, l’un caressant son front, l’autre son bras et la troisième son épaule. Elle ouvrit les yeux et sourit. Il faut manger, regarde, dit Jean. Elle tourna les yeux vers la table, puis de nouveau vers ses enfants et dit, peut-être pour la millième fois, mes chéris. 

Marc.B


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