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Vézelay-oct

une fin de semaine

 

pluie et sourire...

La pluie battait sur la vitre et j’étouffais. La nuit m’avait accompagné au long de cet entre-deux, entre veille et sommeil où les spectres et les ombres se mêlent pour m’entrainer vers des abymes mortifères d’où il m’est difficile ou pénible, je ne sais, de revenir. L’église envoyait au ciel saturé de blanc son septième son de  cloche lorsque la maison m’a poussé  dehors. La porte en claquant avec force bruit dans mon dos signifiait mon congé et j’ai du suivre je crois ce chemin qu’il me semblait  reconnaître et s’ouvrait devant moi. Mon parapluie m’avait suivit et claquant au vent au-dessus de ma tête, cette corole colorée s’est mise à tirer en avant mon pauvre corps épuisé de tant de pensées encombrantes. J’étais lourde de ce poids qui ne m’appartenait pas et m’avait été imposé au détour d’un relâchement de l’esprit  dont je n’avais pas pressenti à l’époque les funestes conséquences : j’étais là et bien là mais étais-je bien là où je le croyais ?

Le jour blafard et l’eau ruisselante m’étaient compagnons. Nous cheminions sur les pierres blanches de craie tachées du noir des noix tombées au sol, explosées par la seule force d’une poussée de corbeaux en colère. Les corbeaux par ici sont voraces et les plumes noirs du ciel sont à éviter lorsqu’elles tombent sur la terre qui lèche les flancs de la Basilique. Marie-Madeleine en a souffert, elle qui fut la cible de la fureur des hommes. Pour l’heure la fleur de mousse devant mes pieds m’arrêta net. Circonvolutions allègres dans le sens du vent ma corole colorée en fut toute retournée et je fermai  mon parapluie. La pluie cessa aussitôt. Mais alors que je m’apaisais je ne sus quoi faire de cette vision tant les étoiles au sol toutes contenues dans ce petit cercle vert tournoyaient à la vitesse d’un petit singe de saltimbanque perdant tête dans sa roue de représentation de champs de foire. Je fis un pas de côté,  laissai la fleur de mousse au milieu du chemin, ramassai une craie et commençai à tracer devant moi des figures invisibles. Ce que je vis me révulsa, me propulsant dans un monde où les terreurs côtoyaient une foi tyrannique qui devait, contre toute attente secourir les humains. Je vis des monstres aux yeux révulsés, des poignards plantés au cœur, des cerfs pourchassés par des chiens féroces et des cavaliers armés de lances. Je vis des femmes aux seins coupés, des pendus tête en bas, immobiles. Je vis des corps sans tête et des têtes sans corps. Pourrais-je oublier ces visions d’effroi ou me faudra-il  naître et renaître afin de laver mes songes de ces images terrifiantes ?

Par chance la pente du chemin me rattrapa et je continuai plus avant, avant que les sombres visions ne me rattrapent.  La voute des arbres me recouvra de sa douceur. Je respirai un peu mieux et sentie mon cœur battre contre mon deuxième  cœur. Celui  à l’abri du mensonge, de la vilénie. Les pieds recouverts de poussière blanche  je sentis deux larmes rouler sur mes joues et glisser lentement dans mon cou entre ma peau moite et le col de ma robe. J’eus très chaud, ma vue se brouilla, je tombai peut-être. Le sol me recueillit dans ses bras, mes mains trouvèrent une terre ample, soyeuse, humide. Une chaleur intense, forte vibrait en corole colorée au-dessus de ma tête. Je sus que le monde ancien n’était plus. Je sus être dans cet ailleurs. A travers mes paupières fermées je vis son sourire, le sourire du monde qui englobe tout, non pas celui de l’angkar mais celui de l’Angkor. Son sourire comme une voyelle qui change le monde ! Ce sourire était en moi. J’étais ce sourire.
s.e
      
             
       A MARIE MADELEINE

 

 « ….plein l’dos, plein l’sac, plein l’fond des godillots, des gamelles, des bidons, des rivets et des boulons, des carottes dans le ventre, des navets plein les mollets ……nous en avons, vous en avez……plein l’dos, plein l’sac…. ».

Ses chaussures enfilent les kilomètres au rythme de ce chant qui lui est re venu à l'esprit la veille, quand  passait près de lui, en sens inverse, un groupe d'adolescents en bermudas de toile et chemisettes bleues.

La cadence de ses pas que le chant stimule, ajoutée à la stabilité  que lui donnent ses bâtons, font disparaître la raideur de ses genoux, le poids de son sac.

Il avance  sous un ciel gris aux nuages collés au sommet des arbres sombres, seul.

Depuis des jours l'air frais, mat, métallique, sans vent porte ses pas.

 

Tous les gens qu’il croise circulent en sens inverse, il les salue rapidement  et réprime à leur passage un sourire goguenard qui emplit son visage une fois qu'il les a dépassés.

 

Des forêts, des plateaux, des  villages…….

Les murs, les pierres, la mousse, la terre  travaillée, brune, pierreuse.

 

Le chant mécanique anime ses jambes, structure sa respiration, scande le mouvement de ses bras, élargit son regard.

 

Une camionnette blanche broute un ruban gris et change de rythme au fur et à mesure de l'ascension. Couleurs éteintes alentours,   sauf le vert jade d’une  minuscule parcelle, au loin près des sapins. Peu d'humains, peu d'animaux ; des taches blanches qu'il sait charolaises lui disent  que l'herbe est verte.

 

 Quand il voit la mousse du talus retournée il la croit piétinée ; un  instant il espère la rencontre d'un animal, puis les traces deviennent si régulières qu’il comprend que ce doit être un ramasseur de champignons matinal qui a bouleversé le talus.

 

« …. des gamelles, des bidons, des rivets et des boulons, des carottes dans le ventre ……. ».

 

Il a faim tout à coup, trois pas encore….puis il s'assied, le dos contre un tronc, sort de son sac une gourde de thé encore chaud, des noix, des lentilles en salade, un petit casse-croûte au jambon.

Dans sa tête résonnent encore ses pas. Il est satisfait de marcher vite, sans fatigue, surtout depuis que ce chant lui est revenu à l’esprit.

« …. Nous en avons, vous en avez plein l’dos, plein l’sac, plein l’fond des godillots……nous en avons » …. il est seul sur ce chemin qu’il a choisi de poursuivre …  à l’envers.

Devant lui la colline, la basilique, le village qui s’allonge d'un seul côté sud ouest.

Le nord vide, sauf une bâtisse au toit rouge à l'intérieur d'un enclos tapissé de lierre. Plus loin un petit toit…..  Maison de vignes ?

La basilique presque bancale au flanc arrière de forteresse surplombe une étendue endormie.

Se diriger vers l’Est, aller vers la rigueur de l'automne. Depuis déjà une semaine le soleil sans audace n’arrive plus à le réchauffer.

 

Marie Madeleine ! Voilà un personnage  autrement attractif que ce lourdaud à la coquille  auprès duquel depuis plus de 1000 ans les foules se pressent. Depuis 30 ans surtout c’est le dernier chic ; à défaut de « faire » du bateau aux Bahamas on « fait » Compostelle ….à pied !

 

Marcher. Le rythme. Le souffle. La fatigue parfois.  Des images renouvelées dans un oeil qui s’étonne encore. Les étendues, les  couleurs, l’air, les villages, les gens que l'on croise, les lits où l'on dort, les tables où l'on mange. Répétition  mais pas habitude. Changement régulier qui redresse les épaules, aiguise le regard … qui se prolonge.

 

Rencontres vraies et fugitives, rêverie flottante….

 

Il reprend sa marche vers la basilique  « des rivets et des boulons, des carottes dans le ventre, des navets plein les  mollets ….. ».

 

 Le doré d’un noyer au bord du chemin.

 

   Autrefois Vézelay avait sept portes. Sept chemins  pour arriver à la      basilique.  Tous sont des grimpettes.

 Endormies les rues en ce début d’Octobre  à peine humide, fermées ces échoppes faussement médiévales, closes les portes  d’estaminets aux terrasses desquels des vignes-vierges fatiguées refusent de grimper   encore. Le rouge sang de leurs feuilles dégringole à ses pieds.

 

 C’est au dessus du porche, à l’intérieur de la basilique  qu’il veut voir la statue de cette vierge Madeleine ; ressemble-t-elle à cette merveille de bois polychrome qu’il va admirer au Louvre chaque fois qu’il passe dans le quartier, comme on fait une visite à une vieille dame qui ne bouge plus beaucoup, mais qui sourit encore du plaisir d’avoir une visite ?

 Nue, drapée dans une chevelure dorée qui descend jusqu’aux pieds cette Madeleine  du Louvre sourit. Seul Balthus sait faire sourire les femmes ainsi….

La Madeleine de pierre  de Vézelay sourit-elle ? Est-elle nue, drapée dans ses cheveux ?

 

Au bout de la grimpette : une place qu’il traverse. Quelques marches qu’il grimpe. Il pose son sac et de la main frotte son dos, ses souliers, il tire sur son blouson, passe sa main dans ses cheveux…..puis il se baisse, reprend son sac et descend la colline …de l’autre côté.

 

 «  Marie Madeleine son p’tit jupon de laine, sa jupette carrelée, son p’tit jupon léger…. ».

C.MPK

Pour accéder aux photos
http://aphanese.viabloga.com/news/vezelay-oct-11
 

 





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