Accueillir tout ce qui se présente, recueillir: logos, c’est cette
ouverture maximale de l’écoute. Il ne peut pas y avoir plus ouvert…
N’être que cette écoute. Et qu’est-ce qu’on entend dans cette écoute?
L’un tout. C’est ce que dit Héraclite. Mais l’un tout, personne ne l’a
jamais vu; c'est l’harmonie ‘’invisible’’, ce qui porte tout, une harmonie ‘’inapparente’’ (aphanèse). Pierre Jacerme. "Introduction à la philosophie occidentale"
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Dans un monde ‘’qui circule’’ à tout va, sans soute est-il bon de recentrer ses pas sur le lent et véritable sens de l’ailleurs. Déplacer, se déplacer. Non seulement le corps, mais aussi l’esprit.
Nous savons avec quelle facilité le corps usager se rend aux antipodes, transportant en d’autres lieux ses rites, ses valeurs et ses murs. Ailleurs investi, envahi, comme colonie par une nuée qui brise les équilibres pour s’installer dans l’arrogante pensée du vainqueur. Faut-il être aveugle pour ne pas discerner sous le chèche, le voile, la gandoura ou le chapeau de paille, le regard épuisé de ceux qui sont à ce point invisibles, réduit au rôle d’objet, ou de porteur d’ombre.
Le monde qui consomme s’étale sans frontière, à la vitesse lente mais inexorable des hydrocarbures. La communication n’a plus besoin d’objet ni de sujet, elle s’auto engendre à la vitesse de l’oubli. Mais, penser cela, n’est rien qu’une nouvelle arrogance, si le geste ne suit pas. Relions donc la cause à la réponse et la réponse à l’action. Déplaçons dans nos têtes l’image laquée des produits fabriqués, pour retrouver pas à pas l’implication individuelle de nos gestes et de nos pensées. Plutôt que faire comme disent certains :"J'ai fait le désert, les pyramides et la lune…" découvrir, écouter, échanger, comprendre, offrir.
Voilà notre projet, il est sans réponse, toujours dialogue, remise en cause de l’expérience, désir d’une écoute nouvelle, celle de la diversité des sens que le monde dispose sous nos pas. Les voyages que nous proposons, sont issus de ce désir de comprendre. Non se déplacer mais aller à la rencontre, écouter, respecter, co-naître à une culture, se laisser transporter par l’inclinaison d’une dune, le regard d’un Touareg, la puissance architecturale du vent.
Jean-Louis Escarret
« Alors entre l’âme et le corps assujetti à un déport rythmique se produit une solution de continuité ; une espèce d’hypnose « ouverte » s’établit, un état de réceptivité pure fort singulier. Le langage en nous prend une valeur moins d’expression que de signe ; les mots fortuits qui montent à la surface de l’esprit, le refrain, l’obsession d’une phrase continuelle forment une espèce d’incantation qui finit par coaguler la conscience, cependant que notre miroir intime est laissé, par rapport aux choses du dehors, dans un état de sensibilité presque matérielle. Leur ombre se projette directement sur notre imagination et vire sur son iridescence ».
Préface que Claudel écrivit, pour l’édition Paterne Berrichon des Illuminations
(éd. Mercure de France, 1912).
Marcher est une activité proche de celle de l’écriture.
Une autre manière d’arpenter le monde, d’en mesurer chaque
espace, de le tresser de notre empreinte comme nous traçons
sur la feuille le lent sillon des phrases.
Dans le désert, la pierre nue égrenée par le temps,
nous écoute et nous parle. Les mots, nous les recevons
de cette parole muette qui trace sur le lit des sables,
les émotions et les pensées.
Et nous avançons, écoutant du plus proche
(souffle des marcheurs) au plus loin, l’inapparent
frissonnement de l’histoire.
Ce que nous découvrons alors, ce cadeau qui nous est
fait, nous le gardons secrètement; non pour un exclusif
usage, mais pour qu’il mûrisse, se déploie, remonte à la
surface de notre page, libre de tout, offert au sens que
notre marche a déplié. Il n’est plus question de distance,
ni même de se rendre quelque part, non, seulement être
là, livré au seul compagnonnage du soleil.
Voilà dix ans que je me rends régulièrement dans le désert.
Dès mon premier voyage, j’ai eu cette envie de poursuivre là-bas ce que je faisais ici : écrire et animer des ateliers d’écriture.
Assuré de proposer une rencontre étonnante, l’Assekrem et le Tassili du Hoggar étant une découverte hors du commun, j’ai lié avec une agence de guides Touaregs une relation faite de confiance, de partage et maintenant d’amitié.
Chaque séjour confirme leur hospitalité, leur générosité et leur conscience professionnelle.
Ces séjours sont une expérience singulière. Singulière parce que le Désert ne se répète jamais, que chaque groupe laisse une empreinte originale, enfin que l’expérience conjuguée de la marche et de l’écriture s’éprouve pendant mais aussi après le temps du séjour.
Nul besoin pour participer d’être un marcheur sportif accompli, pas plus qu’un littérateur bardé de références, de diplômes, ou de réalisations.
Pour participer il suffit d’être attentif, disponible, désireux d’éprouver l’expérience particulière de cette rencontre écriture/Désert.